Grand quizz de l’été: Êtes-vous fait.e pour l’université ?


Blog / lundi, juillet 19th, 2021

Les vacances ne seraient pas les vacances sans les traditionnels « quizz de l’été », ceux qui en cinq questions, vous révèlent qui vous êtes vraiment puis que vous oubliez en 5 minutes. Avant de m’éclipser au soleil, j’ai décidé de proposer un nouveau test : « Êtes-vous fait.e pour l’université? »

Ce test est dans l’ère du temps : il est garanti sans scientificité et repose uniquement sur une expérience subjectivement vécue. Il est également garanti sans conséquence de plus de 5 minutes. Prêt.e ?

1) Jeune doctorante, vous soumettez une proposition de séminaire doctoral à un.e directeur-rice de recherche qui vous dit, d’un air dubitatif : « Vous savez, fondamentalement, le problème de votre séminaire, c’est vous. Personne ne vous connaît. Votre nom écrit là au milieu de ce document, avec votre collègue doctorant, en qualité d’organisateurs. Disons-le franchement, ça ne fait pas très sérieux. Il faudrait…raaah, comment vous le dire sans paraître condescendant.e, vous faire épauler par quelqu’un de plus “senior”, de plus confirmé dans le métier »

a) Consciente qu’il-elle ne validera pas votre proposition, voire vous taillera une mauvaise réputation si vous ne vous exécutez pas, vous déglutissez et dites d’une voix posée : « Mais bien sûr, vous avez tout à fait raison, j’aurais dû y penser plus tôt ». Pas grave, vous vous vengerez sur la-la premièr.e venu.e que vous croiserez dans la rue, et qui ne risquera pas de se retrouver un jour dans un comité de sélection.

b) Vous décidez de lui donner une chance de se rattraper et de prendre conscience du caractère extrêmement condescendant et décourageant de sa remarque. Vous affichez donc une mine surprise et lui demandez de préciser ce qu’il-elle entend par « pas sérieux » et « se faire épauler ». Vous vous taillerez sans doute une réputation de femme susceptible, mais vous ressortirez digne.

c) Vous lui demandez si il-elle réagit comme ça parce que personne ne l’a jamais pris au sérieux, à commencer peut-être par sa propre mère ? Votre projet de séminaire tombe à l’eau, c’est peut-être aussi la fin de votre carrière, mais disons-le franchement, vous avez sans doute vu juste. Motivée, vous commencez une nouvelle thèse en psycho sur le thème : « Profession universitaire et traumas dans l’enfance ».

 

 

2) Vous avez fini votre thèse, vous candidatez à droite et à gauche à tout ce qui paye plus de 1 500 euros par mois. Comme pour beaucoup d’autres, rien ne marche, vous n’accrochez même pas une audition à un poste de maître de conférences. Découragée, vous échangez par téléphone avec un.e collègue pour avoir des retours et des conseils sur la suite. Il-Elle vous dit : « Tu sais, fondamentalement le problème avec toi, c’est que tu n’as jamais connu l’échec. Tu ne sais pas ce que c’est qu’une épreuve, un moment difficile. Tout t’a toujours souri dans la vie »

a) Après un black-out de 5 secondes, vous vous dites qu’il-elle a raison, tout vous a toujours souri en fait. Rester sur le carreau avec des allocations chômage, après tout, y a pire. Les épreuves et la difficulté, c’est dans la tête.Heureusement qu’il-elle était là pour vous remonter le moral. En plus il-elle a décroché son téléphone alors qu’il-elle était en plein dans ses vacances, trop cool le mec/la meuf. Quel booster ! On a besoin de temps en temps de gens pour nous dire cette vérité qu’on ne voulait pas voir, à savoir que le problème en fait, c’est qu’il n’y en a pas!

b) Après un black-out de 5 secondes, vous le-la remerciez pour son temps et raccrochez poliment, après lui avoir notifié que vous savez, malheureusement, ce que sont des échecs et des épreuves difficiles, même si vous n’avez pas cru bon d’ajouter une rubrique « traumas et expériences de merde » dans votre CV. Qu’à cela ne tienne, la prochaine, vous joindrez une lettre de recommandation de votre psy que vous voyez une fois par semaine depuis plus de 5 ans, pour qu’elle atteste de vos problèmes mais, surtout, de votre capacité de résilience.

c) Après un black-out de 2 secondes, vous raccrochez en le-la traitant de gros.se naze complexé.e. Foutu pour foutu…

 

 

 

 

3) Recrutée. MaîtreSSSSe de conférences. Oui Môsieur, parfaitement. Clairement, votre tête ne passe plus les portes, et vous n’en voudriez à personne de dire que vous avez le melon. Bon, ok, vous venez de divorcer mais comme dirait votre avocat : « On ne peut pas tout réussir dans la vie ». L’idée qu’il ait pu être de mèche avec votre collègue de la question 2 vous effleure, mais objectivement, vous avez plus important à penser car un.e autre collègue vous « invite » (bon en fait il-elle vous ordonne) à déjeuner et vous « demande » (ok, ok, il-elle vous somme) de lui dire comment vous vous projetez dans votre carrière et dans l’institution pour les 5-10 ans à venir :

a) Grisée par votre récent succès mais un peu déprimée par votre divorce, vous lâchez : « A la plage, en maillot de bain, les doigts de pieds en éventail, en mode polyamoureuse. Eh oh, je suis fonctionnaire maintenant ». Devant l’évidence du flop, vous tentez de vous rattraper en faisant de longs développements sur les réformes urgentes à mener dans l’université pour accroître la force de frappe de la recherche française à l’international.

b) Honnête, vous expliquez à votre collègue qu’après des années de travail acharné, sans aucun contrôle sur votre soi-disant « carrière », à commencer par le choix de l’université où vous venez d’atterrir, la priorité sera donnée à la valorisation de l’existant, et à faire en sorte que vos activités et éventuels succès personnels soient mis à profit de l’institution. Donc non, pas de projection sur 5, et encore moins 10 ans mais un engagement quotidien honnête en mode « gagnant-gagnant ».

c) Taquine, vous répondez : « Ben, je me verrais bien à ta place » et le-la laissez méditer en réglant l’addition. Grande princesse.

 

 

 

4) Titularisée. Débordée. Fauchée. Jeune Maman. Nous sommes en mars 2020. Vous recevez un mail d’une collègue vous demandant où en est l’article et le numéro spécial que vous deviez remettre il y a 15 jours. Vous tentez d’expliquer la situation qui se résume en quelques mots « Covid, bébé de moins d’un an, bô-fils de 10 ans ». Votre collègue vous répond par mail au bout de 5 minutes : « Je vois… c’est vrai que moi j’ai de la chance, on est très équitable dans le partage des tâches avec mon compagnon. Je pense que je peux vous laisser un petit mois de plus, par contre ce serait bien du coup que votre article intègre les développements récents avec le Covid »

a) Après un black out de 10 secondes (on vieillit), vous répondez poliment que vous ferez de votre mieux. Vous vous mettez en mode « robot » : vous engueulez votre partenaire tous les jours en vous abritant derrière l’adage des hommes violents : « Si tu ne sais pas pourquoi tu lui cries dessus, lui le saura », et vous envoyez ledit article et numéro spécial avec une semaine d’avance.

b) Vous la laissez mariner une semaine et lui répondez que vous ferez de votre mieux, mais que la situation actuelle n’a rien à voir avec le partage des tâches mais bien avec l’âge de vos enfants et le risque, potentiel, que vous ou l’un des contributeurs du dossier, tombiez malade. Et en l’occurrence, votre Parisien n’a jamais été aussi réglo dans le partage des tâches que depuis le Covid.

c) Outrée, vous la provoquez en « duel de féministes » une fois cette crise terminée. La première qui se trompe sur l’attribution d’une citation à partir d’un corpus de 15 classiques du féminisme fera livrer son déjeuner à l’autre pendant un mois. En lectrice de Beauvoir depuis l’âge de 12 ans, et en spectatrice assidue de The Handmaids’ Tale, vous n’allez pas vous laisser intimider par une « gender traitor »

 

 

5) Toujours titulaire, on vous propose de siéger dans une instance bureaucratique comme l’université en raffole. Le-la collègue qui vous fait cette proposition vous dit « Franchement, ça nous arrangerait que tu acceptes. Tu es une femme, tu es jeune, tu es maître de conférences, tu es internationalisée et t’enseignes en province ». Vous n’êtes ni plus ni moins que la quinte flush du poker menteur de la parité  (sauf que vous ne raflez pas la mise à la fin) :

a) Terrorisée à l’idée de mettre en péril votre carrière et votre promotion plus que future, vous dites « oui oui oui » et « merci merci merci »

b) De guerre lasse, vous acceptez la charge de travail, mais sans dire merci.

c) Lassée, toujours un peu guerrière, et beaucoup beaucoup mesquine vous lâchez : « Oh by the way, what did you think of my last book in English ? Oh, I’m sorry, I forgot that older French academics sometimes have a hard time reading in English. Don’t worry, the « version française » will be out soon, in a shortened version of course »

 

 

 

Résultats!!!

Si vous avez répondu aux 5 questions, vous êtes dans tous les cas un lecteur ou une lectrice courageux.se, auquel cas, vous devriez peut-être penser à une carrière universitaire, si ce n’est déjà fait. Si vous avez frémi à la seule lecture du mot « résultats », vous êtes bien parti.e aussi.

Encore moins sérieusement, si vous avez une majorité de A, vous êtes fait pour l’université comme elle est, bureaucratique, un chouïa infantilisante, souvent maltraitante. Mais avec un bon.ne psy et des étudiant.e.s motivé.e.s, on s’en sort sans problème.

Si vous avez une majorité de B, vous êtes fait pour une autre université. En individu de compromis, restez : vous êtes fait pour la réformer, pour l’améliorer. Unissez-vous à d’autres B et méfiez-vous des A+++++.

Si vous avez une majorité de C, vous êtes sans doute prêt.e à quitter l’université, et à vous reconvertir. Dans tous les cas, si vous avez une majorité de B et de C, vous avez compris que vous méritiez mieux. Mais ne désespérez pas, en cas de majorité de A (comme ce fût et est parfois encore le cas de l’auteurE de ce post 😉 ), vous pouvez toujours vous rebeller un petit peu. Après tout « z’êtes fonctionnaire, z’avez la sécurité de l’emploi, risquez rien quoi ».

Une réponse à « Grand quizz de l’été: Êtes-vous fait.e pour l’université ? »

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