Outside of New York: Washington et la vallée de l’Hudson


Blog / vendredi, juin 8th, 2018

Juin. Déjà. Le (léger) choc provoqué par l’arrivée du dernier mois de notre séjour m’a un peu empêché d’écrire, et je m’en excuse auprès de mes, rares mais fidèles (!), lectrices et lecteurs.
Dans le carnet qui m’accompagne en permanence, que ce soit dans mes journées de travail ou mes nuits de veille, j’ai commencé à faire la liste des choses que je voulais « rapporter » en France: de nouvelles idées de recherches, un autre rapport au temps, des images et des adresses de gens et de lieux, des suggestions de lecture… la liste a commencé à être longue et surtout teintée d’une nostalgie trop précoce. Chaque chose en son temps, le départ est proche mais pas imminent.

En attendant donc, quelques mots pour décrire deux parenthèses de notre vie new yorkaise, deux petites escapades à deux (et de deux jours chacune, mais ce n’était pas fait exprès 😉 ), la première à Washington (à environ 5h de bus au sud de New York), l’autre dans la vallée de l’Hudson, à Beacon et Cold Spring (à une heure de train en empruntant le Metro-North). Ces villes n’ont rien à voir, sinon de nous avoir extraits de New York et offert des perspectives assez différentes sur la vie « aux Etats-Unis ». En comparatiste amatrice, je vais donc tenter quelques rapprochements entre la capitale forte de ses 700 000 habitants (j’arrondis) et ces deux petites villes de l’Hudson que sont Beacon (15 000 habitants) et Cold Spring (2000 habitants), dans ce qu’elles ont de différent et de semblable par rapport à New York.

Gare de Cold Spring
Sur le chemin de la gare, Beacon

 

 

 

 

 

 

 

Après trois mois sans quitter Manhattan (à l’exception de Brooklyn) ces deux excursions nous ont tout d’abord procuré un sentiment de calme, loin du bruit et de la fureur new yorkaise, des voitures, des hordes de gens et des sirènes. Si l’on pouvait s’en douter pour les petites villes de l’Hudson où l’on se sent beaucoup plus à la campagne qu’en ville, le calme de Washington s’est avéré quant à lui beaucoup plus surprenant. Ce n’est pas faute d’être allés dans les lieux les plus fréquentés de la ville (Maison Blanche, Capitole, National Portrait Gallery, National Gallery of Art) et d’autres endroits moins touristiques mais néanmoins très connus des locaux, comme la Phillips Collection (où nous avons assisté à un concert de jazz gratuit), la rue commerçante de Mount Pleasant et enfin l’excellente librairie Kramer.

Le baptème de Pocahontas, Capitole
Le dôme du Capitole, vu « d’en bas »

 

 

 

 

 

 

Pas de queue dans les musées, pas de bousculade devant les œuvres d’art (à l’exception du magnifique portrait d’Obama à la National Portrait Gallery, ci-dessous), une visite improvisée du Capitole et de la Library of Congress (là où il faut réserver quelques semaines à l’avance pour visiter la Statue de la Liberté), et à peine 5 minutes d’attente au bar d’un restaurant pour être assis à une table un vendredi soir à Mount Pleasant. A l’inverse, on ne compte plus les fois où, à New York, nous nous sommes retrouvés à faire en moyenne 45 minutes à une heure de queue pour une exposition (en estimant qu’on s’en sortait plutôt bien), où à devoir tout simplement renoncer à aller dans tel bar ou tel restaurant car la serveuse nous annonce que nous sommes 20e sur liste d’attente…

Portrait d’Obama, National Portrait Gallery, Washington
Un selfie avec Obama, ça se mérite
Portrait de Kennedy, National Portrait Gallery
Concert de jazz, Phillips Collection

Et surtout, il y a de l’espace… à ne plus savoir qu’en faire si ce n’est accrocher des Picasso, des Cézanne, des Renoir, des Van Gogh, des Miró, des Rothko et j’en passe, allant presque jusqu’à susciter une (fugace) sensation d’overdose voire de dépit à l’idée qu’une vie entière ne suffirait pas à épuiser ces musées (cela vaut ici surtout pour New York et Washington).

 

Miro, Red Sun, Phillips Collection
Van Gogh, Autoportrait, National Art Gallery
Hopper, Sunday, Phillips Collection

 

Comme à New York, l’art est au cœur d’une ville comme Washington, où une grande partie des musées (les fameux Smithsonian museums) sont gratuits. Plus « surprenant », l’art structure aussi des petites villes comme Beacon et Cold Spring, qui non seulement regorgent de petites galeries et de boutiques d’antiquités, mais qui, dans le cas de Beacon, abritent des lieux d’art moderne comme le Dia:Beacon Museum où l’on peut venir méditer devant des œuvres qui à défaut d’être plaisantes sont néanmoins marquantes.

Louise Bourgeois, Crouching Spider, Dia Museum
Richard Serra, Dia Museum, Beacon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si Bourgeois et Serra nous ont beaucoup impressionnés, d’autres oeuvres (réalisées à l’heure de gloire des néons), nous ont laissés plus circonspects: je ne résiste donc pas à reproduire ce dessin d’une de mes auteures préférées de bande dessinée, Roz Chast, sur l’art contemporain…!

Roz Chast, The Cremaster Cycle

 

Autre trait marquant, ces deux excursions ont marqué la fin des gratte-ciels. Si Washington ne manque pas d’immeubles imposants, souvent austères et massifs, rien à voir avec le style ni la hauteur des immeubles new yorkais. A Washington, comme dans la vallée de l’Hudson, on regarde devant soi, pas en l’air. On trouve enfin ces maisons « traditionnelles », reconnaissables à leurs fameux porches et au-dessus desquelles il n’est pas rare de voir flotter un drapeau américain. Les maisons sont colorées, arborées… voire personnalisées! On trouve dans ces villes, aussi différentes soient-elles, une vie à « taille humaine », là où tout semble davantage démesuré et « exhausting » à New York.

Maison d’un ou d’une original.e. à Beacon
Quelques maisons à Washington
Chrystie House, Beacon

Contrepartie oblige, ces villes m’ont aussi semblé quelque peu…boring. Mais d’un ennui charmant, presque touchant (ayant grandi à la campagne, Beacon et Cold Spring m’ont fait l’effet d’une véritable madeleine de Proust…) et dans lequel on se prélasserait bien quelques jours de plus. Le décor est magnifique, mais cela reste un décor. On sent qu’il y a relativement peu d’activité économique: dans le cas de la vallée de l’Hudson, ce sont les New yorkais et les touristes qui font vivre les commerces (pensés pour eux d’ailleurs).

A Washington, c’est évidemment très différent car la ville est riche (les loyers sont légèrement moins élevés qu’à New York mais on reste quand même sur des prix pour nous inabordables) et se suffit à elle-même. Mais le dynamisme reste concentré autour des lieux du pouvoir politique, des sièges de lobbies et d’ONG en tout genre, d’universités, de centres de recherche, d’administrations (nous avons atterri un peu par hasard dans une soirée de trentenaires où une bonne partie travaillait à la NASA…!) ou d’institutions internationales comme le FMI ou la Banque mondiale, là où il est plus diffus à New York.

Henry Moore, King and Queen, Hirshhorn Museum’s Sculpture Garden, Washington

Comme me le confiait un ami américain qui vit à Washington: « In New York, when you want to see something or buy something, you’re competing with 7 other million people ». Je trouve que cette phrase traduit bien l’esprit de « jungle » qui règne à New York.  Je conclurais donc ce post par une autre – non moins lumineuse – remarque prononcée cette fois-ci par mon Parisien pour caractériser l’esprit de ces quelques jours hors de New York: C’est peaceful ici.

La Baie de l’Hudson, vue de Cold Spring
Entrée du Dia: Beacon Museum

 

Une réponse à « Outside of New York: Washington et la vallée de l’Hudson »

  1. On te sent apaisée par cette excursion extra New Yorkaise …
    Les grattes ciels montent à la tête sans doute !
    Washington doit être effectivement peaceful .
    La preuve ? Tu as délaissé l’écriture inclusive !
    On vous attend en France pour le récit complet de vos aventures .
    En tout cas merci pour le voyage à travers les posts.

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